[Nouvelle] L’Assemblée des Clichés

Genres littéraires : Satire sociale, Réalisme social, Dystopie, Drame psychologique, Littérature contemporaine

Trois propositions aguicheuses pour donner envie de lire « L’assemblée des clichés » :

#1 : Une confrontation explosive entre stéréotypes dans une laverie.

#2 : Sarcasmes, violence et dégoût : « L’assemblée des clichés » secoue vos certitudes.

#3 : Les masques tombent et la vérité éclate dans le chaos

Résumé :

Dans une laverie, une vieille femme, une prostituée et un toxico s’affrontent dans un jeu de pouvoirs, de clichés et de révoltes, où chaque rencontre révèle une vérité brutale.

L’assemblée des clichés

ou

La Vieille, la Pute et le Toxico

« Grosseputain. » C’est ce que persifla à demi-mot et en pleine rue la vieille, Jacquie-Annie de son doux prénom composé.

Elle l’avait vite remarquée la « Pute du 52 », la « côlle-girl » comme les voisins l’appelaient, la précédent de quelques mètres, cette dévergondée :

Son parfum ; acidulé et agressif, médiocre. Sa démarche ; pompeuse et ridicule, insolente. Ses cheveux ; d’un blond peroxydé et mal lissés, ignobles. Ses manières au téléphone ; sa voix, son phrasé, ses intonations ridicules et grossières, surfaites et outrancières.

Tout lui rappelait cette décadence croissante que la vieille observait sans cesse dans la ville ou devant son poste de télévision.

Non seulement elle était là à se pavaner sans honte, provoquant l’honorable vieillarde qui s’en allait à la laverie, mais pire que tout, comme elle, la prostituée s’y rendait.

Oh, Jacquie en avait connu des gourgandines immigrées, mais de son temps, elles étaient déjà bien plus respectables, moins voyantes, moins exubérantes, cela allait dans les deux sens.

L’époque était différente, la mixité sociale qu’un concept, une idée. Pourtant, tout le monde en ville allait bientôt en être gavés à coup de grosses cuillerées.

Sauf que la vieille carne était féroce, acerbe, maligne. Ce n’était pas la mamie gâteau-yaourt-fraises des bois, certainement pas. Tout avait convergé dans la vie pour l’amener en ce sens. Se méfier, se battre, être plus intelligente, plus vive ; mordante.

Oui elle possédait un physique disgracieux, oui elle avait une cyphose thoracique de naissance, oui elle était maintenant en surpoids, oui ses cheveux paraissaient aussi frisés que le pire caniche que le Diable ait eu à enfanter. Sauf que tout cela, elle s’en moquait. Elle en avait bavé dans sa vie. Tout avait été dur mais surtout, elle ne devait rien à personne.

Jacquie-Annie s’était faite sans l’aide de quiconque.

Bien sûr elle n’avait pas été seule à vivre tous ces changements, toutes les vicissitudes de son existence. Elle avait son Abelardo pour lui tenir compagnie. Docile, sage, un peu bébête. Oh, et c’est qu’il lui jouait rudement bien de l’accordéon chaque Dimanche matin aussi, il fallait également le lui accorder. C’était quand même bien plus vivant et intelligent qu’un simple canidé.

C’était ça son Abelardo, un brave et fidèle animal de compagnie amélioré, un bon toutou qui parle gentiment quoiqu’un peu niaisement et qui lui jouait de l’accordéon avec passion. Elle l’adorait, à n’en pas douter aussi, elle l’aimait.

Des années en sa compagnie qui passèrent vite, sans trop de réels graves soucis, en tant que concierges d’immeuble du 51 Bis.

Mais le temps, l’air, l’atmosphère citadine, comme leurs santés, s’étaient dégradés. À présent il fallait lutter pour se faire respecter avec dignité dans cette ville peuplée de fêlés et d’étrangers.

Génération après génération, elle avait vu tous ces changements, ces gens stupides et insolents, ces dégradations autant mentales que physiques et ces nouveaux délinquants.

Enfin bon se disait-elle, ça devait être aussi ça de vieillir, voir tout ce que l’on aime changer, dépérir, pour le meilleur, mais surtout le pire. Évidemment aussi, radoter et critiquer. C’était inclus dans le forfait.

Jacquie-Annie fut tout de même à nouveau choquée quand elle vit qu’une fois arrivée, la prostituée lui avait claqué la porte de la laverie au nez.

Effectivement, la peroxydée ne pouvait tout simplement pas laisser l’entrée ouverte car elle n’avait guère remarqué la vieille qui lui emboîtait le pas, trop occupée qu’elle était à converser avec un client coutumier. Le jeune Usman. Très moche, très gros, mais très riche.

Elle raccrocha, mit le portable dans son petit sac de luxe qu’elle tenait de la main gauche et sortit les draps du lit et du matelas qu’elle avait dans un gros sac porté du bras droit.

L’odeur qui s’en dégageait ne la dérangea pas, mais la prostituée vit qu’elle n’était pas seule en apercevant la petite vieille qui allait de l’autre côté de la pièce, vaquer à ses occupations profil bas.

En effet, ça sentait le sperme séché. Pas la cyprine, elle était très professionnelle. Pas de plaisir pendant le boulot, de la feinte, de la comédie, c’était ça son credo.

Bon d’accord peut être un peu de mouille finalement, mais tout est relatif avec ces fortunés et curieux amants.

« Je gagne plus en faisant moins !» se dit la fille de petite vertu fière d’elle, « Pas de capotes, plus de sous dans la cagnotte ! L’argent c’est pas rien, avec on peut s’acheter plein de choses biens !» songea-telle l’air rêveur.

Il fallait se hâter de tout laver, certains clients risqueraient de ne pas tolérer ces vilaines taches bien incrustées. De l’assouplissant, du détachant, de la lessive de qualité, le tout à 40 degrés dans la machine numéro 8 à 6kg, « bingo !», c’était parfait. Le liquide séminal disparaîtrait avec ou contre son gré, et ça, les clients apprécieraient. Service de qualité.

La vendeuse de charmes s’assit alors sur une chaise à disposition et regarda le tambour de la machine se remplir et effectuer ses lentes premières rotations, toute absorbée qu’elle était par ses mouvements hypnotiques.

« Monstrueuse pute !» maugréa la vieille femme dans sa barbe. Jacquie-Annie de son coté, savait très bien ce que la grande blonde peroxydée faisait. Elle avait tout vu… Et sentie. « Ah la considérable pute !» Qu’elle pensait. « Aucune dignité ! Faire ça au su et vu de tous ! Quelle honte ! Quelle dégradation humaine ! Quelle décadence !»

Elle n’eut pas le temps de partir plus loin dans sa diatribe mentale infernale que la porte de la laverie s’ouvrit à nouveau, et là, Jacquie n’eut pas mis longtemps à jauger et juger ce qui rentrait tout falot : Un sale petit enfoiré de toxico.

« B’soir. » marmonna-t-il en zieutant dans la laverie. Oui il se faisait tard et la rue commençait à se vider, les commerces se fermaient et les passants de plus en plus disparaissaient.

« Bientôt 21h » se disait-il exténué, car le toxico devait aussi se rendre au four pour s’acheter à fumer. Il fallait qu’il se presse, qu’il sorte vite de là, sauf que c’était la misère ; la tune il l’avait pas.

Tandis qu’il s’activait grossièrement à mettre ses affaires dans l’une des plus grosses machines à laver, il se mit à se remémorer :

C’était vraiment une sale journée, comme d’habitude pour ne pas changer. Des punaises. Des putains de punaises de lit avaient envahi le pageot de son 9 mètres carré, et ça c’était l’enfer, la putain de diarrhée. La nuit qu’il avait passée, c’était à se gratter.

Il avait vu hâtivement grâce au Wi-fi du FastChicken que les petites bêtes qu’il croyait être des « mini-cafards », sorte de mutation des cancrelats déjà présents parfois dans la piaule, n’en étaient tout bonnement pas. C’était des punaises de lit, des Cimex lectularius pour être exact. Fallait passer tous les draps, housses, couettes, fringues au lavomatic et bomber la chambre de bonne au désinsectisant.

Entre ça et Boris, le directeur du Chicken qui ne lui avait pas accordé son avance sur salaire, il était dans la panade jusqu’au cou. Son dernier joint avait été fumé sur la route pour alléger l’attente durant la laverie, mais maintenant c’était fini et il n’y avait plus rien chez lui.

Cela le réconfortait bien dans le fait que sans sa fumette, il aurait tout bonnement implosé. Son unique consolation, la seule enveloppe charnelle qui le rassurait et lui donnait de l’affection, c’était son shit, ses mixtions. Sans tout cela, fort à parier que la journée aurait été encore plus à dure à supporter.

Le consommateur de substances toxiques, Marc de son prénom, devait donc impérativement s’acheter à fumer ou nuit atroce à nouveau il allait passer.

En finissant de mettre tout son fatras dans le ventre de la machine, il sentit cette odeur si familière qui agrémentait souvent sa petite piaule austère.

Sûr que ça ne sentait pas la composition florale, mais vu la belle d’à côté et la vieille rogne plus loin, il se dit que ça ne devait pas venir d’elles, mais d’un client passé au cours de la journée. Ça le perturbait un minimum dans ses pensées ;

Monde d’enculés qu’il se disait, personne pour l’aider et tout ce que lui avait, c’était volé.

Comme sa bouteille de YoupiCola d’un litre cinquante, remplie de javel concentrée subtilisée au fast-food. Le toxico en versa un quart dans le compartiment destiné à la lessive, il avait lu sur un forum du net qu’elle allait tout « cleaner », et cela vraiment il l’espérait.

Il rajouta une dose de lessive, taxée aussi au boulot, et lança la machine numéro 13, celle à 16kg.

Sitôt fait, Marc alla se laisser choir à l’opposé de la superbe blonde qui fixait le hublot de visiblement ce qui était son lave-linge. Il posa sa bouteille et son sac sur la table où reposés quelques journaux, sortit son calepin de rimes et de textes, et, regardant tout droit, mit ses écouteurs et lança son baladeur.

Il vit que la vieille et hideuse bonne femme au loin, debout le dos voûté, lorgnait de leurs côtés, la moue boudeuse et les yeux froncés. Au pire il s’en foutait, de la place il y en avait ;

La frape te frape

Sa nik ta race

Kan ya pas d’espoir

Tape toi une trace

TAPE TOI UNE TRACE

TAPE TOI UNE TRACE È TRACE

Le toxico était en transe et les rimes venaient naturellement. Sur l’air d’un sample de rap connu il scribouillait avec frénésie sa prose cursive, son illumination, sa grande inspiration Shitique ;

Kan lé kondé

prenn té lové

ysfon pa chié

alor nik lé

ALOR NIK LÉ

NIK LÉ CONDÉ

È tape toi une trace é trace

À peine avait-il fini d’écrire le dernier mot que son lecteur, dans un grésillement constant puis entrecoupé, rendit l’âme. « Sa mère !» Pensa-t-il, « J’venais d’le carotte putain ! ».

Ah, il faut dire qu’à présent, le tubercule, c’était plutôt lui qui l’avait dans le fondement le pauvre enfant.

Il bouillonnait. Marco le toxico explosait intérieurement. Rien ne l’avait épargné pendant cette foutue journée. Cela ne dura pas longtemps, impossible pour un petit être aussi fragile et sensible que lui de contenir sa colère. Il jeta le baladeur par terre avec force et violence, dans cette rage qui le caractérisait tant et qu’il ne pouvait si souvent contrôler. Le lecteur explosa en plusieurs morceaux et vint rebondir puis finir mollement sa chute devant les bottillons fourrés beige chics et pas chers de Jacquie.

La vieillarde au physique difficile avait vu et entendu toute la scène, occupée à ses affaires mais aussi à espionner les deux énergumènes. Elle était toujours en retrait, dans l’angle droit éloigné de la pièce, affairée à sa machine. La 22, 12kg, qu’elle avait enfin finide remplir.

La prostituée elle, regardait toujours d’un air passionné son tambour de machine à laver. C’était beau, ça tournait bigrement vite maintenant en plus. Elle n’avait rien entendu, trop occupée à penser à son chat, TitiPouinpouin. Elle se demandait ce qu’il pouvait bien faire ; c’était drôlement intelligent un chat. Peut-être était-il en train de jouer à la console de salon, au jeu de fitness ? Il en avait une belle ligne son TitiPouinpouin, mais, probablement sans doute plutôt comme elle, se faisait-il vomir pour la maintenir, tout simplement.

« Innocent !» Lança Jacquie-Annie d’un ton acerbe après avoir examiné l’objet détruit à ses pieds, laissant apparaître un visage dédaigneux en direction du toxico.

Tout en lançant des éclairs du regard au jeune perturbé, elle se mit a penser que les clichés qu’on essayé de ne pas pratiquer avaient tout de même rudement bien la vie dure, et un grand fond de vérité.

-Vas-y calme ta bouche tordue toi la vilaine !

Marc s’était levé impulsivement en éructant ce qu’il avait de mieux sur le moment. Il commençait à trembler, poings serrés, prit dans le feu de l’action de la confrontation, il savait qu’il avait souvent du mal à gérer le stress et l’adrénaline d’une vraie situation.

La surenchère était levée. C’était à qui froncerait plus les sourcils que l’autre, qui serait le plus menaçant et le plus intimidant.  La vieille et le jeune se foudroyaient du regard en se jaugeant mutuellement. La prostituée, elle, observait ses pieds avec effarement.

Il n’y eu pas plus d’escalade. Les regards furieux s’arrêtèrent. Le toxico se rassit en grommelant des insanités, la vieille lança sa machine en pensant des grossièretés et la pute quant à elle, commençait à se sentir fatiguée la tête baissée.  

Sauf que c’en était trop de chaque côté respectif, Jacquie-Annie en avait marre d’être passive depuis si longtemps avec ces individus orduriers et irrespectueux à tout bout de champ.

Le fumeur de produits prohibées lui, était toujours pétri de rage. Le fait de savoir qu’il ne serait pas rassasié de son cannabis adoré lui fit soudain avoir une idée :

Il allait se les taper. De l’argent il en retirait, et sa came pour ce soir, il pourrait se la payer.

La blonde sculpturale elle, n’avait aucunes pensées. Elle regardait toujours ses pieds.

C’est Marc qui dégaina le premier armé de sa bombe lacrymogène à gaz concentré à 70%, portée à la main gauche, mais aussi avec son couteau papillon gagné il y a bien longtemps à une obscure fête foraine, fermement serré dans sa paume droite.

« Donnez-moi tout votre fric ou j’vous plante !»

Il s’était levé pour se diriger d’une traite devant la porte de la laverie. Les deux femmes étaient respectivement à quelques petits mètres de lui, ainsi pensait-il chacune les gérer en leurs bloquant l’unique sortie.

La vieillarde mis instinctivement la main dans son sac mais ne disait mot. Elle regardait le curieux manège qui se jouait d’un air teigneux et méfiant. Contrairement à l’agresseur, elle ne tremblait que naturellement.

La prostituée elle, se tenait maintenant toute droite sur sa chaise. Stoïque. Étrangement calme. Il faut dire qu’elle avait déjà connu ce genre de situation. Sauf que dans le cas présent, elle était cernée et coincée, ce qui empêchait toute action.

Il y eu un petit moment de latence, les trois s’observaient ; l’ancienne le défiait, le tox’ davantage s’impatientait et celle qui pratiquait le plus vieux métier du monde commençait lentement à paniquer.

Menaçant la putain avec son couteau et la Jacquie de sa gazeuse, il hurla cette fois en s’étranglant la voix, fébrile :

« Vous donnez votre fric ou j’vous charcute !»

Les trémolos qu’il avait mis dans sa hardiesse, ses membres qui flageolaient, cela réconforta et rassura quelque peu la vieille dame qui maintenant était persuadée d’avoir affaire à la médiocrité incarnée.

« J’ai pas beaucoup sur moi mais si tu veux j’peux t’faire du bien !»

C’était la seule pensée spontanée que put sortir la blonde malgré le stress et la peur qui maintenant l’habitait. Au moment même où elle eut fini sa phrase, elle se dit en son for intérieur à quel point celle-ci était malvenue et complétement naze.

Mamie Jacquie en profita pour sortir de son sac son taser 3.500.000 volts qu’elle avait bien en main et le brandit tel un glaive. Défiant avec audace l’impétueuse personne qui osait la rançonner, elle dit exaltée :

« Regardez-moi la génération d’aujourd’hui résumée en deux entités ! Une pute et un drogué ! Deux feignants avides d’argent facile et dénués du moindre tal-» Elle fut coupée promptement par la peroxydée :

« Hey j’suis pas une pute ! J’suis une professionnelle ! J’ai même pris des cours de taillage de pipe pendant mes vacances en Croatie ! J’ai un diplôme vieille momie ! »

Cette petite conversation avait rendu notre toxicomane circonspect. Il n’avait même pas imaginé un instant que cette splendide beauté à ses côtés puisse être une prostituée. Il reprit ses esprits, menaçant de plus belle :

« Allez-vous faire foutre ! Et toi vas t’faire enculer ! (Qu’il dit à la blonde tout en la menaçant de son couteau.) Ton taser j’en ai rien à foutre la vioque, j’te gaze ! Filez-moi votre putain de tune les bourgeoises ! »

C’en était trop pour chacun d’eux. La tension avait atteint le point de non-retour et tout cela ne pouvait se terminer que sous un orageux mauvais jour.

La pute atterrée qu’on la traite de prostituée, la vieille fatiguée sans cesse d’être provoquée, et le toxico qui ne pensait qu’à son blé pour se droguer. Tout cela donnait un mélange de fortes rancœurs immodérées.

C’est finalement Jacquie-Annie qui fit les premiers pas. Tout en appuyant férocement sur son Super Shocker 3000 dont le bruit et l’arc électrique en feraient pâlir plus d’un, elle s’avança dangereusement vers le jeune, pointant du terrible objet sa tête, le visage tordu de haine, les yeux aussi noirs que l’ébène. Au moment où elle était au plus près, celui-ci appuya sur la pression de sa bombe à gaz en visant la hideuse et hirsute tête bouffie.

Ce à quoi il ne s’attendait pas, c’est que la vaporisation du mélange de la gazeuse s’enflamma instantanément au contact des étincelles du taser de la vieille. Une immense flamme continue sortit de la petite bonbonne, embrasant la Jacquie qui avait la tête totalement aspergée du spray enflammé.

L’antique démone hurla de douleur, ses yeux remplis d’horreur mais aussi du liquide flamboyant, roulaient dans tous les sens, de concert avec son vieux corps rabougri et bossu. Les deux jeunes, éberlués, n’avaient absolument pas imaginé que tout cela puisse arriver.

Reprenant à moitié ses esprits bien que choquée et continuant de crier de douleur, la figure et les cheveux en feu, Jacquie-Annie essaya du peu qu’elle pouvait voir à travers les flammes d’ouvrir le hublot de la machine à 16kg, celle du toxico. Avec la force du désespoir elle réussit, déversant l’eau et un peu de ce qu’elle contenait à ses pieds.

Tandis que la vieillarde se penchait rapidement, tordue de douleur, le visage à moitié fondu et qui commençait à cloquer, sa bottine droite ripa sur une chaussette trouée et la fit se cogner avec violence le haut de la tête sur le lave-linge numéro 13. Elle tomba lourdement par terre, fit quelques soubresauts puis émit un long râle. Elle gisait maintenant morte, une partie du visage et des cheveux encore en feu et l’autre, éteinte, à moitié calcinée.

Le fumeur de haschich avait regardé la courte scène paralysé par l’horreur et la terreur, abasourdi.

En plus de l’odeur de chair brûlée, il commençait à ressentir les effets de son aérosol neutralisant qui lui montait à la gorge, au nez et aux yeux. Il se dit qu’il pouvait encore faire quelque chose pour sauver la vieille dame quand il sentit un choc et plusieurs piqûres du côté droit de son cou, puis quelque chose de chaud et de dur lorsqu’il y mit instinctivement la main.

Un objet était planté là, fin et solide, qu’il arracha. C’était une lime à ongles en acier, recouverte de rouge à moitié, mais, Marc ne comprenait pas. Il ne tarda pas à voir le sang qui giclait de sa veine jugulaire interne droite, loin, en jet continu. Il se sentait fiévreux et tremblant, c’était soudain et il ne saisissait toujours rien. Juste voyait-il tout ce liquide rouge et chaud sortir d’en lui en pression et cette chose qu’il avait dans sa main ensanglantée, retirée à son cou.

Le toxicomane fit quelque pas et la douleur vint. Il avait mal et ne se sentait vraiment pas bien. Une chose n’allait pas mais il ne comprenait toujours pas. Tout en se dirigeant chancelant et hébété vers la prostituée, il glissa sur une flaque de ce qui était son propre sang. Affalé par terre et agonisant, il regarda une dernière fois la blonde peroxydée, terrorisée. Il se dit seulement « La pute. » et perdit connaissance autour de tout ce liquide rougeâtre qui lui appartenait encore il n’y a pas si longtemps.

La prostituée quant à elle, était nauséeuse. L’odeur de chair carbonisée, de sang qui imprégnés la laverie, mais aussi le gaz lacrymogène expulsé l’empêchait de respirer. Les yeux lui piquaient et elle commençait fortement à tousser. Elle avait gagné. Tout cela serait de la légitime défense et la caméra des lieux le prouverait. Elle passerait sûrement à la télé et deviendrait une célébrité.

En attendant ses yeux agressés commençaient à gravement l’aveugler et sa gorge en feu à horriblement l’irriter.

Avant de partir elle se saisit de la bouteille remplie de ce qu’elle prit pour de l’eau posée sur la table à journaux, et en but d’énormes gorgées une fois sortie du bourbier. Ce n’est qu’après en avoir avidement vidé la moitié qu’elle s’aperçut que le goût n’avait rien de l’eau qu’elle connaissait.

Titubant en état de choc pendant quelques mètres dans la nuit noire et en pleine rue déserte, elle fut soudain prise de spasmes, de douleurs abdominales et de vertiges. Puis se raidit, de furieuses crampes se faisaient maintenant ressentir dans son ventre.

La jolie fille de joie tomba alors par terre la tête la première, et avant de sombrer dans le coma, pensa une dernière fois à son si joli chat.

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