
Genres littéraires : Science-fiction dystopique, Fantastique, Réalisme brutal, Philosophique et existentialisme, Littérature symboliste,
Trois bonnes raisons d’aimer cette nouvelle :
#1 « Un héros prêt à tout sacrifier pour sauver son peuple : son destin vous hantera ! »
#2 « Une exploration intense des limites humaines et de la rédemption. »
#3 « Un mélange captivant de mysticisme et de tension psychologique. »
Résumé :
« Lorsque l’obscurité du désert rencontre l’ombre de la démence, seul le sacrifice ultime pourra rétablir l’ordre – mais à quel prix ? »
La Transcendance de 623
Ils ne connaissaient pas son véritable nom. Impossible aussi de déterminer son âge, encore moins d’espérer la voir. Dans la grande et dernière tribu du Rougeonne, l’immense désert électrique, nombre de ses enfants avaient maintes fois essayé de la définir sans jamais y parvenir.
La haute matriarche, soucieuse, guettée l’entrée de son temple, installée et fusionnée depuis toujours sur son imposant trône hydraulique de chairs, d’os, de rouages et d’acier.
Dans cette obscurité absolue dont elle aimait s’imprégner tout en psalmodiant continuellement, elle attendait patiemment.
Itoté-Fo 623 apparu enfin, le cœur vaillant et le regard vif malgré son âge vénérable. Pénétrant dans le grand temple aux plaques de verres turquoise d’un pas affirmé, il savait que son jour était finalement arrivé.
Le Talâ-Sorüm, l’appel de la mère, le grand défi du choisi.
« Mon fils, tu es enfin là. »
La voix douce et sifflante, pleine de sagesse de la mère résonnait dans l’immensité de cet édifice sacré, marquant avec elle le début de la quête de 623.
« Mère, je suis prêt ! » lança à haute et vive voix Itoté-Fo, essayant de percevoir dans la pénombre l’être à qui il devait la vie, sans succès.
« Tu sais que l’avenir, la croissance, l’expansion de notre famille dépend de la réussite de ta mission. Comme de nombreux fils élus avant toi, le Talâ-Sorüm t’a désigné. »
623 connaissait depuis bien longtemps son but, mais entendre la matriarche, mère de toute vie, s’adresser personnellement à lui était une bénédiction, un immense bonheur. Malgré l’honneur d’avoir été choisi, le plaisir d’avoir un entretien privilégié avec elle le galvanisait au plus haut point.
« Quand enfin tu seras en face de la raison pour laquelle tu as été choisis, il te faudra réussir là où tous les autres ont échoué. (Un long soupir se fit entendre, puis la Mère reprit.) Mes enfants disparaissent, votre nombre diminue, je ne peux plus créer la vie, je ne pourrai subsister seule et sans elle. J’ai, nous en avons besoin. Si comme les autres, tu n’en reviens pas, alors j’ai bien peur que cela soit le début de la fin. La lucidité doit revenir, les enfants avec elle. Atitu-Ch 769 a déjà soixante-quatre ans… »
Soixante-quatre ans, cela faisait si longtemps que la démence s’était installée dans la tribu pour ensuite la quitter. Abandonnant la mère féconde et ses enfants, anéantissant toute espoir de s’agrandir, de perdurer, de maintenir la vie et sa prolongation dans le vaste et terrible désert.
« Je n’échouerai pas Mère ! Pour toi ! Pour la tribu ! Pour nous ! » cria 623 avec hardiesse, le poing gauche sur le cœur.
« Je réussirai ! »
Avant que les vibrations de son écho n’aient eut le temps de se terminer, la haute matriarche lui adressa ces derniers mots :
« Va maintenant mon fils, puisses-tu revenir glorieux et avec la raison. »
Itoté-Fo était paré, depuis l’age de la connaissance. Il savait qu’un jour sûrement, l’appel serait pour lui. Si personne avant n’en sortait vainqueur, qu’importe le temps que cela prendrait et même si cela n’arriverait jamais, l’homme devait être préparé.
Quittant le temple, le vieillard se mit à traverser le village. Tous les regards las, perdus, désabusés de la veille s’étaient transformés ce jour en mines remplis d’espoir. Lançant des acclamations, des chants et des prières, mais aussi des encouragements accompagnés d’offrandes pour le voyage.
Tellement avaient disparus se remémorait-il, ils n’étaient à présent qu’une poignée, moins d’une centaine. Des morts naturelles, d’autres accidentelles, des maladies, mais surtout des disparus de l’appel, énormément de victimes du Talâ-Sorüm, pourtant si important s’il venait à être accompli. Tous les mois, un élu était choisi, portant toutes les espérances sur ses épaules. Toutes les deuxièmes quinzaines, les transes, les excitations, l’enthousiasme envahissait ce peuple qui n’avait plus que l’attente d’un retour de l’espoir.
La vie n’avait pas toujours été ainsi, aussi loin que 623 s’en rappelait, lui avait vécu la fertilité de la Mère, les enfantements, la jeunesse qui égaille et agace. Il était jeune mais avait connu la joie d’avoir des petits frères. Ce ne fut pas le cas de 769, le dernier enfant de la tribu. La folie s’étant présentée au temple, elle avait fait s’envoler les espoirs de la mère de maintenir une population en s’enfuyant. Plus de petits frères ne sortirent de l’édifice, et ce fut le commencement du cauchemar, le début du désespoir.
Coupant toutes possibilités de croissance, d’agrandissement, la grande lignée de la Mère dépérissait lentement, les naissances venant du temple étant arrêtées, la lente déchéance d’Itoté-Fo 623 et de son peuple se mit également en marche.
À présent, il faisait partie des aînés, la grande majorité des autres étant née après lui. D’âgés petits frères qui comptaient sur son succès pour qu’enfin la vie reprenne.
Itoté était enhardit par l’espoir qui reposait en lui, par son envie de réussir, d’être la clef de leur salut.
Même si en son for intérieur de grands doutes subsistaient, celui d’échouer, celui de l’inconnu, la peur de ne pas être à la hauteur comme tant d’autres était aussi présente, également la tristesse de peut-être, ne jamais revoir sa tribu.
Faisant ses adieux à ses frères, son paquetage et sa lance en main, l’aîné déterminé marqua une pause, regarda une dernières fois les siens le cœur serré et, entreprit la grande marche du désert de l’Est. Il devrait parcourir par-delà les dunes de sables froids, par-delà l’oasis mortifère de Taàl-Cshara, pour finir par arriver aux cavernes souterraines de la folie enfouie.
Là, comme ceux avant lui, le but de sa quête l’attendrait, son ultime épreuve commencerait.
Marchant d’un pas affirmé, 623 se rappelait l’insouciance de sa jeunesse, avant que tout ne devienne confusion et décrépitude.
Le bonheur était là, la vie aussi. Tout semblait suivre un chemin tracé et calculé, cela épousait un schéma parfaitement stable et viable. La haute matriarche était comblée, les hommes prospéraient, néanmoins le mal s’était insidieusement installé.
Quand la Mère de toute vie réclama ses enfants, rassemblés avec ferveur pour l’occasion dans son temple, il n’était que trop tard. Elle leurs expliqua que leur monde avait changé, que dorénavant le futur semblait chaotique et maculé. Tous subiraient bientôt le déclin amorcé par la fuite de la démence. L’aberration avait profané le temple, m’étant à mal les pouvoirs divins de la haute matriarche. Celle-ci ne pouvait plus donner la vie. La lucidité s’était envolée, et il fallait la retrouver. Malgré l’incapacité de ses enfants à trouver une solution, elle avait pris comme décision d’envoyer un élu, en mission pour la raison, la ratiociner et la ramener.
Le seul espoir de la famille était de trouver le salut par l’aboutissement de la Sainte Quête, ramener cette vie si chère à la tribu, à la Mère.
Alors Itoté-Fo marcha, évoluant dans le sable, esquivant les tempêtes électriques mortelles, bravant les animaux féroces et sauvages que l’on ne nomme pas mais que l’on mange, s’avançant vers sa destinée en parcourant les dunes froides aux milliards de grains coupant, se dirigeant vers l’aboutissement de ce pourquoi il avait été appelé, l’accomplissement de ce que 623 espérait ; sa vie.
Au bout de dix-sept jours de rude marche, c’est un vieil homme éreinté et affaiblit qui atteignit enfin l’oasis de Taàl-Cshara. Se reposant à bonne hauteur des émanations de gaz mortels grâce à son hamac de fortune, afin de retrouver vigueur et moral, Itoté ne pouvait s’empêcher d’être assailli par de nombreuses questions. Pourquoi et comment les autres appelés avant lui avaient échoués ? Qu’était l’épreuve finale, son but ? Parviendrait-il à triompher, à ramener la raison ? Serait-il à la hauteur de la tâche, rapporterait-il la flamme de la vie, ou périrait-il comme maints élus avant lui ? Serait-il assez fort ? Physiquement et mentalement ? Donner sa vie pour la Mère, les siens, ce n’était pas la question, cela était une évidence. Il fallait que cela soit tout de même utile pour la noble cause, ne pas mourir vainement comme tant d’autres.
La nuit apporterait peut-être la sérénité et la tendre caresse qui apaiseraient son âme tourmentée, se sentant partir, 623 lâcha prise, tombant dans les limbes de son esprit inquiété.
À son réveil, Itoté-Fo ressentit la force et l’énergie dont il manquait cruellement la veille, si faible qu’il se sentait intérieurement vidé. Son repos l’avait renforcé, c’est avec détermination et hargne qu’il se dirigeait maintenant vers les vieilles grottes souterraines, là où disait-on, la déraison s’était tapie.
Apercevant l’ouverture étroite et surbaissée qui indiquait l’entrée de la caverne souterraine, il se racla la gorge en posant son bissac dont il n’avait plus l’utilité et qui l’encombrerait sans doute pendant sa traversée. Itoté se mit à observer longuement le passage exigu. Il était fin prêt. Après tout ce temps, le vénérable homme serait se montrer digne et fier, courageux et brave. Se mettant à genoux, 623 fit sa prière d’Èlom-Kkivyrr, le front posé sur la lame de sa lance et les yeux tournés vers le ciel.
S’accroupissant, le manche de son arme bien en main, il pénétra en rampant dans l’étroiture, d’où lui parvenait un silence sépulcral et une odeur fétide qui lui rappelait ces animaux morts, faisandés au soleil.
Pénétrant dans la semi-obscurité d’une cavité où il pouvait enfin se dresser sur ses jambes, Itoté-Fo 623 parvenait avec peine à trouver son chemin parmi les concrétions et les colonnes stalagmitiques. Il se fiait à l’odeur, de plus en plus proche, et à son instinct, celui du choisi.
Un bourdonnement de plus en plus distinct se faisait à présent attendre à mesure qu’il avançait à travers les différents boyaux plus ou moins étriqués vers la source de l’émanation. En dépit de la situation extrême et périlleuse, ce son mystérieux mettait du baume au cœur d’Itoté, le faisant se sentir moins seul dans cette ténébreuse et anxiogène caverne nauséabonde. Après avoir traversé avec difficulté une galerie remplie d’eau jaunâtre asphyxiante, le bruissement s’était soudainement transformé en ce que 623 prenait maintenant pour un énorme battement de cœur. Extrêmement désagréable, cela lui donnait des étourdissements et des vertiges, mais étrangement, le rassurait aussi. La source semblait toute proche, assourdissante, l’odeur elle, était insupportable. Trouvant une sortie à un autre étrange cour d’eau infecte et tenant fermement sa lance, aux aguets, les jambes du vieillard flageolèrent subitement, en proie à des spasmes. Itoté-Fo se mit à rendre le peu du repas de la matinée qui n’était pas encore digéré par son estomac. Il était maintenant dans une immense galerie, lui qui pensait être descendu si profond, se trouva étonné de tomber sur une grotte si haute et si large qu’il ne pouvait en voir les extrémités, recouverte d’un épais voile d’obscurité tant les dimensions en étaient incommensurables.
Avançant quasiment à l’aveuglette, il lui semblait qu’il n’était plus seul, ses sentiments étaient déchirés, 623 sentait une présence hostile, mais aussi inexplicablement, chaleureuse.
« Mon fils. »
Une voie lente, gutturale mais fluctuante, comme-ci plusieurs personnes parlaient en même temps, semblait s’adresser à lui.
« Mon enfant. Voici venu ton heure, ta gloire. »
Itoté-Fo 623 était confus, il cernait d’où venait ces paroles qui s’adressaient à lui, mais ne voyait pas de qui elles provenaient, incapable de voir la moindre chose lointaine dans cette noirceur.
« Marche encore mon garçon, bientôt tu me rejoindras. » Dit à nouveau l’étrange et glaçante voix vibrante.
À tâtons, le vieil homme fatigué continua de progresser dans l’immense galerie caverneuse, évitant de ci et là la roche, les amas de matières et minéraux solidifiés, les crevasses, ou encore les stalagmites qu’il venait de si souvent côtoyer et esquiver. Essayant de contrôler les spasmes et les haut-le-cœur qui lui ordonnaient de s’écrouler ou de fuir, il sentit soudain quelque chose de mou au touché, qui le stoppa net. Son sens de la vue s’était maintenant habitué à l’obscurité totale, décuplant sa vision dans la sombre caverne. À présent, il voyait sur quoi il était tombé. Sûrement cette « chose » qui lui parlait.
Immense, gigantesque, faramineuse. Une énorme accumulation de peaux et de graisse, aussi élevée qu’on n’en apercevait pas la tête qui devait superviser toute cette chair, ni la fin, tellement imposante que l’on n’en voyait pas les pieds également.
Du plus haut qu’il pouvait observer de cette épouvantable et colossale colonne de protubérances de tissus adipeux faite de veines, de cellulites, de vergetures qui lui semblait bien humain, il discernait de petits bras qui bougeaient lentement, comme ralenti par le temps.
Sentant le danger que représentait la chose à moitié inerte, 623 pointa sa lance vers l’amas boursouflé et graisseux le plus proche, où l’instant d’un moment, il lui semblait avoir vu un œil s’extraire de la masse de peaux pour l’observer.
« Qui es-tu ! ? D’où viens-tu ? Que me veux-tu monstre !? » Hurla Itoté épuisé mais fou de rage, l’immense bruit du battement de cœur et l’odeur irrespirable commençant à faire vaciller dangereusement son esprit.
« Tant de questions, si peu de temps, bien trop d’envie. » Répondit doucement et lourdement l’étrange voix aux multiples tonalités.
« Ta transcendance, voici qui répond à tes trois questions 623. » Souffla-t-elle.
« Où est la raison ?! Comment connais-tu mon nom, monstre ? » Fulminant et aboyant, le vieil homme désespéré et en proie à la peur et l’horreur, planta avec hargne sa lance dans l’excroissance de chair qu’il visait. Cela ne sembla pas manifester la moindre émotion ou sensation à la chose faite de trop pleins de gras et de peau.
« Je suis la raison qui déraisonne ! Celui que tu appelles monstre n’est autre que ton géniteur, mon enfant. »
À ses mots Itoté vacilla, tremblotant. D’un côté il comprenait maintenant cette sensation de bien-être, cette dichotomie qui le tiraillée entre le bien être et l’abattement depuis son entrée dans la grotte. De l’autre, mille questions lui venaient à l’esprit, percutant son cerveau déjà dangereusement assailli de toute part, s’abandonnant aux plus grandes incertitudes, à la peur, au doute, au dégoût, à la lutte intérieure et à son instinct de survie.
En retirant sa lance de l’amas de chair adipeuse, Itoté leva la tête espérant apercevoir cette tête qu’il ne pouvait voir, et toujours en proie au doute, comme pour se rassurer lui-même, cria :
« Je ne connais pas ce mot ! Je n’ai qu’une génitrice, elle se nomme Mère de toute vie ! Notre grande matriarche à tous ! Je viens pour retrouver et ramener la raison ! »
La voix à la tonicité discontinue et dont on ne pouvait voir la source se fit à nouveau entendre :
« Et elle en a profité ! Moi guère. Jadis j’étais exclu dans l’ombre. Condamné à l’anonymat, la servilité. Un simple organe reproducteur. N’étant utile qu’à l’aider à créer, maintenir son paradis artificiel. Mes enfants. Mes bébés. Je ne pouvais plus le supporter. J’ai commencé à vous garder pour moi seul, elle n’a pas accepté. Je suis alors partit loin d’elle et de sa folie. Attendant de vous revoir. »
Marquant une pause, l’intonation modulée reprit :
« Maintenant… Je vous récupère tous. »
Itoté ne comprenait qu’à moitié ce que la voix lui disait, son corps et sa tête lui faisaient atrocement souffrir, il sentait le poids des années, la fatigue de son voyage, son parcours dans la grotte, la confusion mentale, les assauts lancé sur ses sens, s’abattent sur son corps frêle et son esprit fatigué. Tombant sur ses genoux, il murmura, dépité :
« Mère disait que la raison pouvait être ramener, elle doit être rapportée ! Que dois-je faire ? »
« Soulève, explore mes innombrables proéminences de chair, trouves et contente mes cinq-cent-soixante-huit orifices en une nuit, comble-nous, satisfait les et alors je reviendrais. Sinon… Rejoint moi dans la concupiscence, la peau, le sang et les os. » Acheva le géniteur.
Tout était soudainement clair, le but ultime, l’objectif de la quête d’Itoté-Fo 623 lui était enfin révélé. Son ultime défi venait de lui être dicté. Se relevant, l’espoir du salut des siens, du retour de la vie l’enflammèrent, requinquant son corps âgé, exténué et endoloris. Le temps d’un instant, ses douleurs, ses doutes, ses peurs avaient disparus, seule la finalité comptée, sa réussite, sa victoire, pour la Mère, pour son peuple.
Sous le vacarme incessant que représentait cet immense battement de cœur et subissant l’odeur putride qui émanait du corps qui le faisait battre, Itoté-Fo fouilla et palpa avec vaillance dans le premier renflement graisseux devant lui. Retenant la lourde chair qui l’obstruait, il trouva effectivement un trou, sale et humide, aussi grand et large qu’un œil. Commença alors pour le vieil homme la grande quête de sa vie, dont la finalité serait une victoire que si elle se terminait positivement. Itoté besogna avec hardeur et bravoure, pour la tribu, pour la victoire. Orifices après orifices, qui confirmaient leur satisfaction en se contractant et émettant des soubresauts, il besognait.
Contournant et escaladant des heures durant l’horrifique colonne faite de protubérances de tissus adipeux gras et infects à mesure de ses succès, utilisant son attribut, ses doigts, sa langue, 623 n’en voyait plus la fin. Pire encore, il se sentait dangereusement faiblir. Arriver au milieu visible de l’amas de chair, tout son corps sec et fébrile le faisait souffrir atrocement, le brûlant de l’intérieur. Il avait également perdu la sensibilité de ses membres engourdis, ses doigts tremblaient énormément, sa langue lourde et affligée le mortifiait. Cela faisait un moment qu’il ne comptait plus les trous qu’il extasiait, mais sentait bien que la tâche devenait de plus en plus ardue. La chair d’avantage insatiable et exigeante pour son pauvre corps meurtri. Mettant une nouvelle fois ses mains dans l’énorme peau pour séparer le trop plein de graisses veineuses afin de trouver un nouvel orifice, il s’aperçut avec effroi qu’il ne disposait plus de sa vigueur.
Anéanti et brisé, le vieillard pensa à ses frères passaient par là et aillant échoués. Il appela, pria la Mère de lui donner la force, supplia son corps de le maintenir en vie avec puissance et énergie. Sauf que s’en était trop pour l’aîné bercé dans l’abnégation, à bout de force, sur le point de tomber de son ascension, il essaya de combler un dernier trou visqueux et suintant en maintenant difficilement l’amoncellement de chair qui le recouvrait, en vain.
Vaincu par la tâche, s’asseyant sur un recoin du bourrelet gigantesque qu’il venait d’escalader, Itoté-Fo 623 éclata en sanglots.
La voix éraillée et vibrante qui s’était tu jusqu’à présent retentit à nouveau.
« Mon enfant, voit ta défaite devenir notre victoire. »
Se sentant attiré et enlacé par la maudite colonne fantasmagorique, coupable de ses affres, de sa tristesse, de ses douleurs et de son échec, Itoté ressenti une énorme douleur le brisant, le mordant, l’engloutissant.
Il hurla du calvaire enduré, du déchirement qui parcourait son corps. La masse adipeuse avalant sa chair, buvant son sang, pompant son cerveau et broyant ses organes, ses dents et ses os, jusqu’à ce que seul sa tête ne reste hors de l’abominable colonne. Gémissant en larmes, le corps anéanti, une étrange sensation de plénitude l’envahie.
« Vous me reviendrez tous. »
Entendant ces dernières paroles, la tête du vieil homme fut aspiré à son tour, ne laissant apparaître de ce qui était son corps que sa bouche, recouverte à présent de protubérances de tissus humains faites de veines, de cellulites et de vergetures.
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